Le dépistage par mammographie en Suisse :
comment est-il organisé et qui fait quoi?
La réalisation d’une mammographie dans un institut de radiologie dans le cadre d’un programme organisé de dépistage du cancer du sein est un processus hautement spécialisé qui requiert d’importantes ressources en personnel et en infrastructure. À titre indicatif, une évaluation réaliste du coût global par examen se situe entre 180 et 240 CHF (calcul basé sur les données comptables de trois hôpitaux cantonaux). Ce montant couvre non seulement la mammographie en elle-même, mais aussi son évaluation par deux radiologues spécialisés, une conférence de consensus hebdomadaire, la formation spécifique et continue des techniciens en radiologie médicale, l’assurance qualité interne, l’utilisation en parallèle d’un logiciel national dédié au dépistage, ainsi que la part en pourcentage des frais engagés par un institut de radiologie pour se doter de l’infrastructure de base nécessaire en matière d’équipements techniques, de locaux et de main-d’œuvre.
1. Infrastructure de base et organisation en radiologie
- Mise en place et exploitation de centres de dépistage distincts, servant uniquement au dépistage. / Sinon, possibilité de mettre en place des journées exclusivement dédiées au dépistage dans des unités de mammographie «normales».
- Motif: il faut assurer une séparation stricte, dans l’espace ou dans le temps, entre les femmes en bonne santé participant au dépistage et les patientes «normales». Engendre des réserves de capacité parfois extrêmement importantes et coûteuses.
- Le cas échéant, guichets d’accueil séparés avec du personnel formé.
- Le cas échéant, salles d’attente séparées.
- Le cas échéant, cabinets médicaux séparés pourvus de moniteurs haute résolution et d’équipements informatiques spécifiques.
- Acquisition de mammographes haut de gamme répondant aux normes de qualité élevées qui sont exigées.
- Contrôle quotidien de la qualité et de la dose des appareils par du personnel spécialement formé.
- Exploitation d’un logiciel national spécifiquement dédié au dépistage, en plus du système informatique radiologique (RIS) utilisé en interne. Entraîne des coûts informatiques élevés sans possibilités de scalabilité.
- Importantes réserves de capacité pour pouvoir effectuer des examens complémentaires et des biopsies mammaires dans des délais courts.
- Motif: en cas de suspicion de cancer du sein, il est obligatoire de réaliser une échographie ou une biopsie complémentaires sous 5 jours ouvrables. La plupart des instituts gardent des créneaux libres pour gérer ces éventuels rappels.
2. Personnel et formation en radiologie
Médecins:
- Évaluation («interprétation») de chaque examen par deux radiologues spécialement formés (principe du double contrôle), d’où des frais de personnel multipliés par deux.
- Pour pouvoir participer au dépistage, chaque radiologue doit attester d’un très grand nombre de cas par an, et ce sur plusieurs années. Il doit en outre suivre au moins 50 heures de formation continue par an. Il s’agit donc le plus souvent de radiologues exerçant à des échelons supérieurs, dont les salaires sont par conséquent plus élevés.
Peu de radiologues remplissent ces critères exigeants, d’où un vivier restreint; en bref: pénurie de compétences. - Conférence de consensus hebdomadaire = réunion de tous les radiologues impliqués afin d’établir un diagnostic final dans les cas non tranchés.
- Le travail d’interprétation des résultats, les formations continues et les conférences de consensus mobilisent les radiologues plusieurs heures par semaine, durant lesquelles ils ne sont pas disponibles pour assurer le service normal d’un institut radiologique. Entraîne des frais de personnel globalement plus élevés et une baisse de productivité des instituts radiologiques.
Techniciens en radiologie médicale:
- Chaque technicien en radiologie médicale doit d’abord suivre une formation au dépistage de plusieurs semaines généralement dispensée en Allemagne, faute d’offres en Suisse. Entraîne des frais de personnel élevés, découlant essentiellement de l’absence prolongée du lieu de travail. Peu de techniciens en radiologie médicale remplissent ces critères exigeants, d’où un vivier restreint; en bref: pénurie de compétences.
- S’ajoutent les formations continues régulières (annuelles) financées par l’employeur.
- Le cas échéant, coûts supplémentaires pour des logiciels d’assurance qualité basés sur l’IA.
3. Interprétation et assurance qualité en radiologie
Double lecture systématique de chaque examen:
- Conférence de consensus hebdomadaire. Son objectif est l’analyse approfondie de tous les résultats ambigus ou présentant une contradiction entre le 1er et le 2e lecteur. La réflexion collégiale débouche sur un «diagnostic de consensus». La conférence de consensus permet d’éviter de biopsier un trop grand nombre de femmes.
- Les instituts de radiologie surveillent très étroitement le travail d’interprétation de tous les radiologues. Au moyen de statistiques, ils s’assurent que les radiologues respectent un taux de détection le plus élevé possible tout en limitant le nombre de biopsies inutiles. Des ratios de qualité individuels sont définis pour chaque radiologue, ce qui est unique en médecine.
4. Conclusion sur l’économicité
L’abaissement du tarif en dessous du coût global indiqué (180 à 240 CHF par mammographie de dépistage) va considérablement aggraver la situation déficitaire. Les frais fixes décrits ci-dessus pour les équipements techniques, les infrastructures et le personnel ne pourront pas être réduits sans perte de qualité.
